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Billets du rabbin

Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 08:10
- Par ajtm

« Justice n’est pas vengeance… »

 Billet du rabbin Gabriel Farhi 19 fevrier2012


Bonjour,


Souvent l’émotion l’emporte sur la raison. Certains faits qualifiés de « divers » suscitent une réaction immédiate qui ne répond pas à la réflexion pourtant nécessaire. Je pense ici à la dramatique affaire Lee Zeitouni, cette jeune femme israélienne de 25 ans mortellement percutée par deux assassins français dans les rues de Tel Aviv le 16 septembre dernier. Ces deux hommes l’ont laissé pour morte avant de fuir Israël pour la France. Cet acte ne peut inspirer que le dégoût. Quiconque a connu le drame d’un être aimé tué par un chauffard comprend l’effroi et la douleur d’une famille ainsi endeuillée.

 

Cette jeune femme qui n’a eu comme seul tort que de croiser la route de deux inconscients à la sortie d’une boite de nuit est aujourd’hui l’enjeu d’extrêmes tensions au sein de la communauté juive française d’une part, et des relations entre Israël et la France d’autre part. En France il y a ceux qui reprochent au Président du Crif d’être incapable d’interpeller les autorités françaises pour peser sur une extradition des deux criminels afin qu’ils soient jugés en Israël. Du côté israélien c’est l’incompréhension de voir ces deux individus fanfaronner, en renouvelant des excès de vitesse par exemple, et demeurer impunis.

 

Et pourtant, si cette émotion est légitime, la France, pays de droit, exclut la possibilité d’une extradition de l’un de ses ressortissants. On peut trouver cela injuste mais c’est ainsi et le Talmud nous rappelle notre obligation de nous conformer à la loi du pays. Fait unique, le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim a prononcé pas moins qu’un « Hérem », une excommunication de ces deux individus qui n’ont plus leur place dans la communauté juive. Une forme d’extradition religieuse finalement. On ne peut faire le reproche aux leaders de la communauté juive française de s’être montrés timorés.

 

Je suis inquiet, à la lecture des réseaux sociaux, de paroles inconscientes appelant à une vengeance à défaut d’avoir la justice souhaitée. Faut-il rappeler qu’il suffirait à la famille de Lee Zeitouni ou à l’Etat d’Israël, comme l’a rappelé Alain Juppé, de saisir la justice française pour que ces deux criminels soient immédiatement interpellés et aient à répondre sur le sol national de leurs actes ? Ils seraient alors jugés avec sévérité pour des actes lourdement sanctionnés en France. Ceux qui accusent aujourd’hui, sur fond d’intérêts partisans personnels, n’ont pas conscience de ce que leur action puisse être à ce point contreproductive pour la famille de la jeune victime. C’est avoir peu de considération pour les institutions françaises et la Justice en premier lieu que de tenir une position, celle de l’extradition, qui relève d’une dangereuse utopie. L’urgence est de voir ces deux criminels traduits devant les autorités françaises, c’est la seule position qui tienne. Ceux qui s’y opposent ou empêchent ce processus retardent le temps où justice sera rendue pour Lee Zeitouni. Pendant ce temps, deux criminels sont impunis.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous. Je vous retrouverai le dimanche 3 mars.

Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 09:59
- Par ajtm

« La coercition nationale… »

Billet du rabbin Gabriel Farhi


Bonjour,

 

On aurait pu penser que les communautés juives et musulmanes de France auraient accueilli avec satisfaction, et presque enthousiasme, la proposition singulière de la candidate EELV pour les présidentielles, Eva Joly. Pensez-donc, accorder un jour férié pour les Juifs le jour de Kippour et un autre pour les Musulmans à l’occasion de l’Aïd, serait de nature à résoudre bien des tracasseries lorsqu’il s’agit de « poser ses jours ». Et pourtant la proposition de la candidate écologiste est une fausse bonne idée pour de très nombreuses raisons. La première, et non la moindre, est que sous-couvert d’égalité, la France serait morcelée par communautés. A chacun son jour férié selon sa religion. Bel exemple de cohésion nationale et de vivre-ensemble ! Quelqu’un porteur d’un patronyme juif serait presque obligé de chômer le jour de Kippour et de travailler celui de Noël. Que dire de tous les noms à consonance arabe !

 

Ainsi aux onze jours fériés actuels faudrait-il en ajouter deux selon des principes religieux. A chacun de piocher. C’est tout l’inverse de la laïcité qui est un espace remarquable d’exercice de la religion. Eva Joly serait bien inspirée de se replonger dans le long débat de ces dernières années sur la laïcité à la française qui permet de chasser de l’espace public les extrémistes de tous bords. On en avait presque oublié l’extrémisme laïc, celui-là même qui est tellement craintif des religions qu’il préfère les séduire par des propositions farfelues. La candidate EELV pensait probablement s’attirer le vote des « minorités » religieuses en faisant cette sortie. Ceci a produit l’effet inverse poussant les responsables religieux à rappeler à Eva Joly ce qu’est la laïcité et ses bienfaits pour les religions. Car la République accueille les religions sans leur conférer un statut institutionnel en son sein. Si l’on a raison de rappeler les racines chrétiennes de la France, la République, elle, n’a pas de religion.

 

On pourra s’émouvoir ci et là qu’il soit difficile de soustraire des Juifs pratiquants à des examens universitaires le jour d’une fête juive, cela ne concerne pas que Kippour, ou encore qu’un scrutin électoral tombe un jour de Pessah, cela est déjà arrivé, mais pour autant les représentants de la République savent se montrer à l’écoute des exigences propres à chacune des religions. Cela n’est pas hautement spirituel mais lorsque j’ai entendu la proposition de la candidate verte je n’ai pu m’empêcher de penser à cette scène culte du film « Coco » où le père d’un futur Bar Mitsvah entendait « fériériser » le lendemain de la fête démesurée afin que tous les convives puissent y participer pleinement. Dans un film humoristique c’est acceptable, pour un postulant à la fonction suprême c’est un peu court.

 

Il faut s’attendre durant les quelques 100 jours à venir que d’autres propositions susceptibles de s’attirer un certain électorat émergent de la part des candidats déclarés. Il est de notre devoir d’exercer la plus grande vigilance et ne pas laisser s’installer dans le débat public des questions dont la seule visée est d’engranger des voix plutôt que de construire la France de demain profondément enracinée dans des valeurs séculaires au premier rang desquelles se trouve la laïcité.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 09:34
- Par ajtm

« Moïse, réveille-toi, ils sont devenus fous… »

 Billet du rabbin  Gabriel Farhi du 1er janvier 2012

 

Bonjour,

Sartre avait tort, en tout cas jusqu’en ces premiers jours de 2012, le 21ème siècle n’est pas spirituel. Le printemps arabe a vu des millions d’hommes et de femmes se libérer des dictatures pour plonger de façon effrénée dans un Islam radical. Des catholiques intégristes empêchent des représentations de théâtre de se produire, ici à Paris. Et nous les Juifs ne sommes pas épargnés par cette radicalisation. Ce qui se passe en Israël est hautement préoccupant. On pourrait penser qu’il ne s’agit que d’une poignée d’intégristes qui entendent séparer les hommes des femmes dans les autobus ou sur les trottoirs de leur quartier, qui ne supportent pas qu’une voix féminine puisse se faire entendre en public. Et l’on aurait tort, car le mal est plus profond que cela et révèle le fossé qui s’est creusé depuis des années entre les laïcs et les religieux en Israël.

Ce qui est surprenant est que ce débat intervienne maintenant. Tenez en France, j’en suis un parent témoin, des enfants qui fréquentent certains centres de vacances très religieux ont la surprise d’observer que des enfants d’à peine 5 ans voyagent dans des autocars différents lors d’excursions et que les activités en « communauté » se font avec les petites filles d’un coté et les petits garçons d’un autre. On feint une stupéfaction en France alors que la voix d’une chanteuse femme ne peut se faire entendre dans une synagogue mais en dehors d’un office religieux.

Cette radicalisation, car cela en est bien une, est unique dans l’histoire de notre vieux peuple. Je me demande parfois si Moïse ou Hillel ou encore Maïmonide revenaient sur terre quel serait leur regard sur notre Judaïsme « moderne ». Sommes-nous fidèles à notre tradition ancestrale ? Ne connaissons-nous pas des dérives sectaires qui n’ont rien à voir avec le Judaïsme ? La réalité est que ces dernières décennies ont vu poindre une forme de surenchère dévastatrice dans la pratique religieuse. Il faudrait constamment être plus casher que son semblable, plus pointilleux sur les lois et les commandements de sorte qu’un Juif, bien qu’observant, trouvera toujours un coreligionnaire plus zélé qui lui fera la morale. Combien de fois faudra t-il dire qu’un Juif laïc appartient tout autant au Peuple de Moïse qu’un Juif religieux ? Les dérives actuelles ne sont pas dans l’air du temps. Ces dérives signent nos manquements dans l’éducation et l’explication. Un Juif éduqué et instruit ne peut par nature céder à ces comportements sectaires. L’ignorance est le fléau de notre peuple. Nous ne sommes pas des singes savants qui reproduisons des pratiques sans en comprendre le sens. Plongeons-nous dans le Talmud, non pour en apprendre des pages par cœur, mais pour en comprendre la dynamique extraordinaire qui ne voit un sujet épuisé que lorsque tous les arguments ont été énoncés. Considérons qu’un Maître tel Hillel n’aurait jamais existé sans la saine contradiction apportée par Shamaï. Que ces ultra-orthodoxes en Israël, et ailleurs, souffrent que l’on puisse leur opposer la Torah et le Talmud pour leur dire qu’ils ont créé de toutes pièces une religion qui n’est pas le Judaïsme !


Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 08:49
- Par ajtm

    Un spot ou un flop ?

Billet  du rabbin Gabriel Farhi du 11 décembre 2011

      

Bonjour,

Peut-être avez-vous prêté attention ces derniers jours à un article paru dans Le Point intitulé « Israël scandalise les Juifs américains ». Qu’est-ce donc qui pourrait scandaliser les Juifs américains dans leur grande majorité et qui viendrait d’Israël ? Il faut se tourner vers une campagne publicitaire largement diffusée à l’adresse de nos coreligionnaires américains à l’initiative du Ministère israélien de l’immigration et de l’intégration qui se résume en deux spots. Dans le premier, une petite fille juive américaine est assise sur les genoux de ses parents tandis qu’elle converse par webcam avec ses grands-parents qui vivent en Israël. Cet échange se fait en hébreu, preuve d’une solide éducation et d’un lien fort avec Israël. Alors que sa grand-mère lui demande le nom des prochaines vacances, la petite fille lui répond instantanément « Christmas » au lieu de « Hannoukka ». « Avant que Hanoukka ne devienne Noël, il est temps de retourner en Israël » conclut le spot publicitaire. Deuxième message publicitaire : Un petit garçon (toujours un enfant, ça marche mieux) est en train de colorier tandis que son père dort du sommeil du juste. Il tente de l’interpeller « Daddy, Daddy » mais le père reste plongé dans son sommeil. Le petit garçon tente alors un « Abba » qui réveille comme par miracle son père. « Avant que Abba ne devienne Daddy, il est temps de rentrer en Israël » martèle le message du Ministère de l’immigration.

 

Tout cela peut sembler naïf et pavé de bonnes intentions mais l’effet escompté a été le contraire. Levée de bouclier en bonne et due forme de pas moins de 157 organisations juives regroupées dans la JFNA, les Fédérations Juives d’Amérique du Nord. La communauté juive américaine qui compte plus de cinq millions d’âmes, presque autant qu’en Israël, n’entend pas qu’on lui dicte sa conduite et qu’on la culpabilise de vivre aux Etats-Unis. Pour la JFNA, cette campagne n’est rien moins que « scandaleuse et insultante. Au lieu de dresser les Juifs américains et israéliens les uns contre les autres, nous devrions chercher à renforcer notre amour partagé pour Sion  et construire les liens du peuple juif dans le monde entier ». Le message aura été suffisamment clair pour que le cabinet du Premier ministre Benyamin Netanyahou ne retire sans délais ces spots. En France, nous nous souvenons qu’en 2004, Ariel Sharon avait sommé les Juifs de France de venir s’installer en Israël « aussi vite que possible » face à la montée de l’antisémitisme. Le Crif à l’époque avait dû se désolidariser de ce message.

 

Si Israël a besoin de l’Alyah, le besoin d’une diaspora forte est également une nécessité. Mais il ne s’agit pas uniquement d’une affaire de chiffres. Les Juifs américains, cela pourrait être vrai pour les autres diasporas, considèrent que l’aide apportée à Israël est importante et que l’attachement à la terre de nos ancêtres ne saurait se démentir. Au fond, on peut tout à fait vivre son judaïsme en diaspora comme en Israël et assumer le choix de rester dans un pays aussi loin soit-il d’Israël. Il est surprenant de voir des leaders communautaires en appeler depuis des années à l’Alyah tout en demeurant à 4000 kilomètres d’Israël. Il nous faut encourager celles et ceux qui désirent franchir le pas et se féliciter par ailleurs de représenter une diaspora forte et organisée.

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

 

Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 09:22
- Par ajtm

 Le social au cœur du Judaïsme

Billet du Rabbin Gabriel Farhi 6 novembre 2011


Bonjour,

 

Le saviez-vous, l’Institut Léon Askénazi, placé sous l’égide du Fond Social Juif Unifié, organise aujourd’hui de 11h à 17h à l’Espace Rashi – Guy de Rothschild, son cinquième forum sur les métiers du social ? Ces métiers sont nombreux et trouvent leur place au cœur de la communauté juive et bien souvent, cela faisant honneur à ces institutions, au-delà de la communauté. Des métiers qui voient intervenir des cadres de l’intervention sociale, des assistants de service social, des éducateurs spécialisés, des moniteurs éducateurs,
 des éducateurs de jeunes enfants, des auxiliaires de puériculture, des aides médico psychologique, des auxiliaires de vie… Autant de métiers qui répondent à de réels besoins. Pour certains, il y aurait un mythe selon lequel la communauté juive française serait épargnée ou moins touchée que les autres par la fragilité, la précarité ou le handicap. Tout cela est bien entendu inexact.

 

La communauté juive française a toujours su placer la question sociale comme une priorité absolue de l’action commune. Il a fallu prendre en charge les survivants de la Shoah, accueillir les Juifs d’Afrique du Nord, affronter le premier choc pétrolier puis les crises successives. Et toujours des institutions connues sous des initiales : le FSJU, l’OSE, l’OPEJ, le CASIP et tant d’autres. Ces initiales cachent avant tout des hommes et des femmes qui travaillent inlassablement avec une extraordinaire compétence au service de tous. Les « travailleurs communautaires » comme on les appelle souvent sont des personnes qui ont choisi un métier singulier qui est en lui seul une Mitsvah.

 

Le Judaïsme fait du Tikkoun Olam, de la « réparation du monde », une valeur première. Cette idée folle a priori selon laquelle chacun peut contribuer à rétablir un équilibre originel une justice telle que voulue dans le récit de la création, devient une réalité que l’on approche dans l’action sociale. Les métiers sont divers, peu rémunérés et répondent davantage de la vocation que d’un plan de carrière. Il en est de même pour de nombreux Rabbins ou directeurs d’établissements scolaires et autres aumôniers des hôpitaux. La fragilité qui peut toucher chacun d’entre-nous à un moment donné fait partie de l’action quotidienne de tous ces intervenants. Nous connaissons tous des hommes et des femmes qui incarnent cette action sociale et qui nous apprennent plus que toutes les études auxquelles nous pouvons nous livrer. J’ai dans ma vie côtoyé deux types de Maîtres : ceux qui m’ont enseigné avec passion la Torah, le Talmud et la Halakhah et ceux qui par leur action m’ont montré l’exemple exigeant du travail social. Nos érudits et nos travailleurs sociaux représentent les deux piliers du Judaïsme à part égale. Ce forum aujourd’hui est donc important pour susciter des vocations et montrer les possibilités si nombreuses de l’action sociale.

 

Shavouah tov, bonne semaine à tous et à dimanche prochain.

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