Lundi 22 octobre 2007
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Par ajtm
La paracha Lech Lecha est particulièrement riche : ces quelques lignes se proposent de mettre l’accent sur ses principaux enseignements
- Le départ d’Avram et de Saraï :
L’Eternel dit à Abram « Eloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, et va au pays que je t’indiquerai. Je te ferai devenir une grande nation ; je te bénirai,
je rendrai ton nom glorieux et tu deviendras source de bénédiction.»
Cette injonction au départ est terrible pour Avram qui a déjà 75 ans et Saraï qui en a 65. Sont-ce les promesses divines d’une terre et d’une descendance nombreuse qui les décident ? Non,
puisqu’on voit un peu plus loin dans le texte qu’ils ne croient pas vraiment pouvoir enfanter : Sarah propose Agar pour donner une descendance à Abraham, et elle rit à l’annonce d’un futur
enfantement. C’est dans un élan de confiance parfaite et totale qu’Abram prend la route sans même connaître sa destination. L’ordre divin semble énumérer les séparations que doit faire Abram par
ordre de difficulté : ton pays, ton lieu natal, ta famille. Rachi insiste également sur les pertes matérielles et financières, ainsi que sur la perte de la « bonne renommée »
qu’occasionne un voyage. L’épreuve imposée à Abraham exige de lui le dépassement d’une logique normale qui consisterait à ne pas partir.
Ce sont tout d’abord les premiers mots « Lech Lecha », que l’on pourrait traduire simplement par « Pars, Va-t-en », qui ont été beaucoup étudiés par nos Sages.
Littéralement la traduction en est « Pars pour toi ». Ce « pour toi » suggère : « pour ton bien, pour ton bénéfice, pour ton élévation spirituelle ». En ce
sens, ce commandement « lech lecha » s’adresse à tout homme : il ne s’agit pas seulement d’un voyage spatial, c’est aussi un voyage spirituel qui doit durer toute la vie : une
quête spirituelle permanente. Et c’est également un voyage au plus profond de sa propre personnalité : un voyage qui transforme la personne. L’abandon des attachements affectifs terrestres
serait une condition nécessaire à l’évolution de l’homme, à son chemin spirituel ? C’est un changement d’identité, comme en témoigne le changement de nom d’Abram en Abraham et de Saraï en
Sarah. C’est aussi une transformation physique comme en témoigne la circoncision pour Abraham, l’arrivée tardive de la fertilité pour Sarah. Selon Rachi, c’est non seulement le départ vers un
autre lieu, mais également cette transformation profonde, ce renouvellement qui ont permis à Abraham et Sarah d’avoir une descendance.
Pour certains commentateurs modernes, ce voyage prend un autre sens encore : il ne faudrait jamais s’installer. Pour le Rabbin du 20 ème siècle, Eliezer Berkovitz (mort en 1992, auteur de
« la foi après l’holocauste »), Abraham est le prototype du juif en exil et le destin du peuple juif est marqué par cet exil qui constitue le début de son histoire. Il ne faudrait
jamais s’installer car l’environnement est porteur, pour le peuple juif, d’une double menace, le danger lorsque l’environnement est hostile, l’assimilation lorsqu’il est amical. La mobilité
favorise le développement personnel et le progrès.
- La terre promise :
L’Eternel dit à Abram « pars vers le pays que je te montrerai ». Pour certains commentateurs cette portion de phrase peut aussi être traduite comme « le pays où toi, je te
montrerai » au sens de : je ferai connaître à toi-même et aux autres ce qui est dans ton cœur, ton esprit, c'est-à-dire le monothéisme, l’amour d’un Dieu unique. En effet,
dès qu’il arrive en pays de Canaan, Abraham construit un autel, répand la parole monothéiste et fait de nombreux adeptes. Mais ce pays ne sera acquis qu’après 400 ans d’esclavage et de
persécutions car rien ne peut être définitivement obtenu sans effort, sans engagement, sans fidélité.
- L’Alliance
La notion d’Alliance joue un rôle important dans la Torah et il est curieux de voir ainsi, à plusieurs reprises, Dieu se lier lui-même avec l’Homme, limitant ainsi volontairement sa toute
puissance. Après l’Alliance passée avec Noé (Berechit, ch IX v 9-15) lorsque Dieu lui promit qu’il n’y aurait plus jamais de déluge, on voit ici deux alliances avec Abraham.
- La première, l’Alliance entre les morceaux (ch XV v 8-15), passage particulièrement difficile à comprendre et que certains commentateurs interprètent comme
une vision prophétique d’Abraham. Celui çi découpe des animaux et dispose les parties face à face ; les oiseaux ne sont pas découpés. Des oiseaux de proie cherchent à s’emparer des
morceaux. Rachi rappelle que dans l’antiquité, il était coutume, lorsque l’on concluait un marché, de découper un animal et de proclamer « qu’il me soit fait ainsi si je manque à ma
parole». Les oiseaux de proie représenteraient les ennemis du peuple juif, ils annonceraient la difficulté de la réalisation de la promesse divine, les luttes, les siècles d’esclavage
et de conflits nécessaires. En effet, l’alliance est ambivalente. Dieu fait des promesses pour plus tard, mais il prédit aussi 400 ans de souffrances.
- La seconde Alliance qui se produit 14 ans après la première, est celle de la Brit – Milah (ch 17) Dieu promet à nouveau à Abraham un pays et une descendance. Il
n’y a pas d’image à interpréter, c’est une parole de l’Eternel claire et directe. Abraham devient partenaire actif puisqu’il doit procéder à sa propre circoncision, ainsi qu’à celle des hommes de
son entourage. Il se transforme, son nom change ? Sarah également, par la fertilité. Pour les commentateurs, chaque alliance a une perspective différente : la première, l’alliance des
morceaux, revêt une dimension plus collective, historique et nationale (la terre promise est « yeroucha » qui a le sens d’une terre conquise). La seconde, l’alliance de la circoncision,
a une dimension plus familiale et personnelle. La terre y est « Ahouza » qui a le sens de possession familiale.
Entre les deux alliances Abraham épouse Agar qui donne naissance à Ismaël. Et, jusqu’à la deuxième alliance, il était possible de penser qu’Ismaël était la descendance promise à Abraham.
Il faut enfin noter l’importance de l’Alliance dans tous nos textes bibliques : la promesse divine est rappelée en de nombreuses occasions et constituent la base de la transmission.
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